Une fois n’est pas coutume, je ne parlerai dans cette note ni de web, ni de musique, mais bien de course à pied. Ma première expérience de trail, durant “La Bouillonnante“, un superbe parcours dans la région de Bouillon. Voici un compte rendu de mes 4h20 de souffrance et de plaisir…
Je n’ai jamais fait de trail. Cela fait plus de 5 ans que je cours, j’ai fait quelques courses et quelques semis sur route. C’est mon ami Seb qui m’a motivé à participer à cette course, convaincu que cela me plairait. Il ne s’est pas trompé. J’ai opté pour le 24km et pris comme objectif de finir la course, sans souffrance excessive.
J’ai fait une préparation légère, surtout motivée par le fait que je voulais éviter une blessure. Je souffre de périostite chronique et j’ai heureusement évité de grosses crises grâce à cette approche. Trois sorties par semaine: deux courtes (50 min) et une longue en endurance (1h30, parfois 2 heures).
Le matin de la course arrive. Le réveil sonne à 5h30 et curieusement, je ne stresse pas. Alors que la semaine qui a précédé fut assez soucieuse. Peur de ne pas dormir, peur de devoir faire face à l’inconnu d’une épreuve longue… Nous faisons la route avec Seb qui a malheureusement passé une nuit d’enfer, victime d’une sale indigestion.
Arrivé à Bouillon, la pluie est au rendez-vous. Il fait froid, humide. A 9h15, nous papotons avec quelques coureurs et à 9h40 le départ est donné. C’est un régal. La course se passe de manière impeccable. J’éprouve un plaisir fou à courir la forêt, grimper les rochers, admirer les paysages. La pluie n’a pas d’importance. Je me sens hyper bien. Seb est à la traîne et me pousse à ne pas l’attendre. J’apprendrai plus tard qu’il a abandonné, son indigestion a eu raison de sa motivation. Lui qui a parcouru les 80km du trail de Paris avec succès! Mais il avait raison, c’est génial. Je m’étonne moi-même: j’ai les réserves, les bonnes sensations.
Je m’arrête plusieurs fois pour prendre des photos, tout sourire et ai le sentiment de maîtriser l’épreuve. Au ravitaillement, mon chrono est là: 1h30! Je serais donc parti pour un chrono de 3h00, 3h30 peut-être. Ce qui d’après mes renseignements, serait plus qu’honorable!
Manque d’expérience? La deuxième partie de course tourne au cauchemar. Directement après le ravito, c’est le premier mur. Arrivé devant, je me suis même arrêté 10 secondes, surpris de l’incongruité de l’épreuve: ce n’est pas de la course à pied, c’est de l’escalade! Soit. J’y vais. Cela se passe bien et crois avoir dompté une grosse difficulté. Non. Ce n’est que le début. Jusqu’aux fameuses échelles de Rochehaut tout ira bien. Mais c’est là que la course prend un virage définitif: je ressens un premier début de crampe, que je sous-estime d’abord. Je n’ai jamais eu de crampes en cinq années de CAP…
La course devient un vrai cauchemar, les murs se succèdent, la boue m’emprisonne. Je n’ai pas de chaussures de trail et je le regrette: je glisse, n’ai pas d’appui, mes chevilles trinquent. Je chute sur les planches glissantes d’un petit pont. Chaque descente devient pour moi aussi terrible qu’une montée. Je souffre, mais le plaisir reste… C’est une sensation difficile à expliquer. Il y a quelque chose d’animal dans cette façon de se battre avec la nature, de lutter contre soi-même, d’être réuni avec d’autres dans cette épreuve.
Les crampes ne me lâchent plus. Plusieurs fois, je dois m’arrêter. Me coucher à même le sol pour tenter de dompter ces douleurs qui paralysent mes cuisses.Plusieurs participants tenteront de m’aider. Une coureuse passe et me prévient: ces crampes ne me lâcheront plus. Elle aura raison. Ma frustration grandit: je ne sais quasi plus courir. Les montées, la boue, les crampes mettent à mal chacune de mes tentatives de relance. Mais j’ai une certitude: je passerai la ligne d’arrivée.
L’arrivée approche et les escaliers pour la rejoindre sont ma dernière croix. Arrivé en haut, étourdi, les jambes raides, j’aperçois Seb et la ligne d’arrivée: 4h20 pour finir!
Je ne sais pas ce qui s’est passé. Comment ai-je pu perdre autant sur la deuxième moitié? Manque d’expérience,d’entraînement, mauvaise gestion de l’effort? Je dois décanter cela un peu. Mais quelle expérience! Une chose est sûre: je reviendrai!


