10 Sep, 2008
Questions à la une: la RTBF étale son corporatisme journalistique
L’émission “Question à la une” nous proposait ce soir un sujet alléchant “Bloggeurs et journalistes : la guerre de l’info ?“. Ce fut surtout l’occasion de voir à l’oeuvre un hilarant réflexe corporatiste des journalistes. A coup de jugements hâtifs, d’arguments éculés, d’associations douteuses et d’un parti pris à peine voilé, Franck Istasse a démontré tout l’étalage de son incompréhension. Et après on se demande pourquoi la RTBF reste une vieille dame…
En première partie de sujet, quelques questions impertinentes à l’adresse de la blogosphère (Paul Keene sur le culte de l’amateurisme notamment) laissaient espérer une intéressante interrogation. En seconde, on a vécu une grosse déception lorsque le journaliste a préféré entâcher la blogosphère à l’aide d’arguments incomplets et réducteurs.
Au lieu de répondre aux inquiétudes (démocratie, influence, lobbying…), Franck Istasse a décridibilisé la blogosphère. Notamment en réduisant l’image des bloggeurs à celle de Diederick Legrain, survolté excentrique et rafraîchissant de la blogosphère belge. Un peu comme si je faisais un reportage sur les journalistes en réduisant leur métier à celui de PPDA…
Ce ne fut pas la seule abberation: Istasse critiqua Agoravox et sa “démocratie”, notamment en dénonçant la double casquette de Carlo Revelli, fondateur d’Agoravox et patron de la société Cybion. Istasse aurait-il oublié les concentrations de groupes médias? Les nominations politiques de rédacteurs en chef? Les pressions économiques? Les courses à l’audience? Pourquoi se permet-il de critiquer cette association en oubliant de mentionner que le “journalisme classique” vit de similaires liaisons dangereuses?
L’étape suivante fut un autre étalage de mauvaise foi: Alain Gerlache, journaliste RTBF et ancien attaché de presse de Verhofstadt (c’est Istasse qui a commencé avec les associations foireuses, pas moi), essaie de nous expliquer que l’aventure de Sarkozy avec Carla Bruni s’est imposée dans la presse à cause de la blogosphère. Et que donc les bloggeurs qui essaient de nous faire croire qu’ils font remonter les sujets qui comptent… c’est du pipeau! Bien sûr… Parce-que la presse n’en aurait pas parlé abondamment peut-être? N’est-ce pas la rapidité de réaction du web qui a fait la différence? D’ailleurs, Gerlache lâche un lapsus révélateur: il parle de médias “officiels” pour parler de la presse traditionelle…
Le final du sujet était lui un collector. Par la magie d’un montage subjectif, il a associé l’excentrique Diederick Legrain à toute la blogosphère (il n’a pas manqué de réagir immédiatement d’ailleurs). En demandant au téléspectateur si c’était ça qu’il voulait comme information: un François De Brigode (présentateur “vedette” du 19h30) imitant le plus amateur des bloggeurs dans une parodie de JT.
Comme s’il n’y avait que ça sur la blogosphère… C’est oublier les milliers d’experts qui utilisent les blogs pour partager leurs connaissances et offrir des éclairages différents. On a eu droit à un véritable étalage de mépris. Une vraie insulte.
Le plus grave étant qu’on est passé à côté du sujet et des questions fondamentales qu’il pose: s’interroger sur les raisons de cette explosion de la blogosphère, sur l’attente des citoyens, le conformisme journalistique, l’objectivité, l’interaction média-spectacteurs, la pensée unique, la critique médiatique… Il y aurait eu cent manières d’avoir d’autres éclairages sur le sujet… Le journaliste a refusé de regarder la poutre qu’il avait dans l’oeil et a utilisé son pouvoir de média de masse pour appeurer une audience ignorante de la réalité du web d’aujourd’hui.
Et pourtant, je l’ai déjà dit, je ne suis pas un taliban de la blogosphère…
UPDATE: les réactions sont plutôt négatives, voir le site de la RTBF
UPDATE 11/09: le débat continue en radio sur La Première vendredi dans l’émission interMedia. Charles Bricman en sera.


